Kappa16 de Neil Jomunsi

   Voilà un nom qui ne m’était pas inconnu avant même de commencer ma lecture. Neil Jomunsi, on le croise ici et là, notamment sur Twitter. À l’occasion du confinement, l’auteur a très gentiment offert son court roman Kappa16 que j’ai dévoré en quelques heures, portée par une plume extrêmement agréable.

Kappa16 par Jomunsi

Kappa16 est le robot d’aide à domicile par excellence : fiable, parfaitement paramétré il saura vous aider pour tout. De multiples logiciels et accessoires vous permettent de l’adapter à vos besoin. C’est pour s’occuper de son fils autiste qu’un jeune père de famille fait l’acquisition d’un tel robot d’occasion.

   C’est à travers l’intelligence artificielle d’Enoch que l’auteur nous plonge dans le quotidien d’une famille déchirée par le handicap du fils aîné. Alors qu’il est d’une fiabilité sans pareil, nous le retrouvons errant dans un Berlin fantomatique, calculant, évaluant, pour déterminer ce qu’il doit faire et par la même occasion nous révéler ce qui l’a amené dans cette situation compliqué.

   J’ai beaucoup aimé la façon dont l’auteur aborde le sujet de la cohabitation entre robots et humains. A travers la mémoire d’Enoch, nous apprenons comment fonctionnent les robots, les grandes règles de la robotique et celle plus particulières des modèles issus de la même firme que le Kappa16. Et au travers de ces explications on en vient inévitablement à s’interroger de savoir comment Enoch peut se retrouver là où il est. Et petit à petit, il déroule une histoire qui s’apparente à une tragédie purement humaine.

   Il est difficile pour un robot d’assimiler des désirs contradictoires. Et pourtant l’humain en est pétri. Parfois une même chose, un même être peut être source d’amour et de haine. On se prend parfois à juger, à émettre des opinions qui ne nous ressemblent pas. Parce que nous sommes fatigués, épuisés, déprimés. Les raisons sont multiples mais difficilement accessibles aux algorithmes d’une intelligence artificielle aussi développée soit-elle. Paradoxalement, nous découvrons aussi tout ce qui peut être interprété par des formules mathématiques quant à nos comportements. En estimant, comparant, Enoch et ses semblables parviennent à déduire ce qui se passent et cherchent à répondre à l’humain avec ce qu’ils estiment être la façon la plus appropriée. Ainsi, nos habitudes, nos penchants, nos réactions sont passées au tamis d’un ordinateur et j’ai trouvé cela finalement très instructif. Et démontre de la part de l’auteur une observation fine de ses semblables.

   Evidemment je m’attendais au pire concernant ce que Enoch avait bien pu faire, surtout quand on voit comment le père de famille use de lui. Et j’ai bien aimé la phrase qui dit en substance qu’il y a des lois pour protéger les hommes des robots mais aucun qui ne protège les robots des hommes. Je ne dirai rien de plus quant à l’histoire au risque de vous gâcher un suspens parfaitement maîtrisé.

   Derrière le confort apporté par ces nouvelles aides de camp, jamais fatiguées, toujours opérationnelles, toujours prêtes à rendre service, on découvre que les utilisateurs sont prêts à laisser filtrer beaucoup d’eux à travers ces robots. Et quand on s’imagine un instant vivre avec un ordinateur sur jambes, qui s’occupe de toute votre vie privée en prenant des photos régulièrement, en vous filmant sans cesse puisque ceux sont des caméras qui permettent au robot de vous « voir », cela fait un peu froid dans le dos. Et contrairement à nous, lui il est raccordé à un système central de collecte de données… Une immense mémoire qui est une source importante pour les robots mais qui n’est pas votre propriété et sur laquelle vous n’avez pas votre mot à dire… Avouez que cela fait réfléchir quelques instants.

   J’ai trouvé que ce court roman – pourtant fort bien détaillé quant au fonctionnement de la société – faisait écho à la série Real humans, visiblement ma seule série de référence sur le sujet, semble-t-il ! Ou la seule qui m’a vraiment marqué… Toujours est-il que ce lien entre humains et robots est vraiment très bien développé dans le roman et m’a rappelé quelques remarques faites dans la série. 

   En somme, une excellente lecture que je vous conseille vivement !

Bon confinement livresque,

Maêlle

 

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