L’homme qui mit fin à l’histoire de Ken Liu

   L’homme qui mit fin à l’histoire est une nouvelle dont le titre m’a toujours énormément attiré. Il en va ainsi de livres dont les titres m’interpellent immédiatement et attisent ma curiosité tel que La ménagerie de papier que je n’ai pas encore lu mais que j’ai très envie de découvrir. Surtout au vu des nombreuses chroniques dithyrambiques sur ce livre. Mais revenons à L’homme qui mit fin à l’histoire. Derrière ce titre intriguant se dissimule un récit poignant parfois à la limite du soutenable. Inspiré de faits réels, j’ai eu peine à croire que je n’en avais jamais entendu parler. Ken Liu rattrape donc mes lacunes mais avec une lecture profondément marquante que je ne conseillerai pas à tout le monde.

   Cette nouvelle mêle des questions de géopolitique – relation entre la Chine et plusieurs autres pays, notamment Etats-Unis et Japon – d’histoire et de science. De cela découle de nombreuses questions plus philosophiques et éthiques mais notamment une chose qui m’est resté plus particulièrement en tête : où est la limite des exactions en cas de conflit ? de guerre plus précisément. A partir de quand peut-on tolérer que certaines choses soient « justifiées » et pas d’autres ? Cela renvoie évidemment aux conventions de Genève et autres conventions du même acabit qui tentent de définir comment on peut se faire la guerre. Ce qui est « acceptable » de ce qui ne l’est pas. Et cette question me laisse toujours un sentiment un peu amer.

   Ken Liu construit son récit à travers celui d’une femme, une scientifique amoureuse d’un homme lui-même scientifique. À eux deux ils vont construire une machine qui permet de remonter dans le temps. Plus de secrets d’Etat, plus de doutes. La vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Mais au risque donc de mettre fin à l’histoire car il n’y a qu’une façon de découvrir cette histoire et surtout qu’une seule chance de le faire. Une seule personne, un seul voyage avec une seule règle : de l’observation uniquement. Aucune interaction avec l’histoire n’est possible, ni souhaitable. L’histoire est narrée d’une façon bien particulière car entrecoupée par des moments d’interviews, de documentaire… Cela ressemble à s’y méprendre, à un reportage bien monté.

   Alors quel est l’enjeu de l’histoire et de cette machine ? L’unité 731, qui se livra à de l’expérimentation humaine dans une province chinoise alors sous contrôle du… Japon. Qui est depuis passé sous contrôle des Etats-Unis. Un imbroglio de souveraineté qui n’est pas sans poser de nombreux problèmes. Les exactions ont été commises de 1936 à 1945 et ont été tues, à peine reconnue. La reconnaissance est en effet faite a minima, le Japon préférant étouffer tout cela. Mais c’est sans compter sur les survivants et les descendants des nombreux morts de cette unité qui veulent savoir.

   Au-delà de ces problèmes liés au fait de savoir qui peut autoriser un voyage dans le temps dans cette province, et la question de l’utilité d’un tel voyage dans le temps, l’histoire raconte ce qu’a été cette unité 731. La version officielle, celle issue des témoignages de survivants et enfin celle rapportée lors des voyages. Cette partie-là est de loin la plus difficile. Âmes sensibles, préparez-vous ou passez votre chemin, Ken Liu a un style cru, direct, intransigeant. Votre repas risque de rester sur votre estomac à la lecture de certaines scènes. L’horreur marque et c’est sans doute l’effet recherché par l’auteur.

   J’ai apprécié la plume de Ken Liu, qui malgré un récit monté de façon atypique, parvient à garder une parfaite fluidité dans son récit. Je suis heureuse de l’avoir découvert même si je dois reconnaître que je ne m’attendais pas à une telle descente dans les horreurs de la guerre. Il faut également reconnaître qu’en un récit d’une centaine de pages, l’auteur nous dépeint énormément d’éléments pour son histoire et ça m’a semblé un véritable tour de force.

   Je termine sur une note plus gaie avec un petit mot pour la couverture, signée encore une fois Aurélien Police et qui m’a plu autant que cette nouvelle.

Bonne lecture !

Maêlle

Je partage cette lecture dans le cadre des défis Cortex et Maki !! (comment ça j’attends le dernier moment pour tout poster ? Je vois pas de quoi vous voulez parler…)

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