Malgré tout de Jordi Lafebre

Il y a ce petit quelque chose… Cette douceur sans niaiserie, cet amour sans mièvrerie, cette simplicité sans raccourci. Jordi Lafebre fait figure d’orfèvre du sentiment en version bande-dessinée. Il nous raconte des histoires communes, que tout à chacun peut vivre, avoir vécu, vouloir vivre. Mais avec ce petit plus qui vient du cœur, et qui rend ces œuvres atypiques malgré la banalité du propos.

J’ai eu l’occasion de le découvrir à travers la série Les beaux étés (dont je n’ai lu que les trois premiers tomes dont vous pouvez retrouver mes critiques ici, ici & .) qui a été un véritable coup de cœur. Lafebre collaborait pour l’occasion avec Zidrou dont j’affectionne beaucoup le dessin et que j’avais découvert avec la bande-dessinée L’adoption, absolument géniale (et dont je constate que j’ai omis de vous parler du tome 2 !) Avec cette nouvelle histoire, Lafebre se met aux dessins en plus de l’histoire, ce qui donne une très belle alchimie et qui m’amène clairement à un véritable coup de foudre pour cette bande-dessinée.

Ana s’apprête à rejoindre Zeno. C’est l’histoire d’un amour passionnel et platonique entre deux êtres que la vie a éloignée. Ils ont toujours entretenu entre eux cet amour fou même à des milliers de kilomètres l’un de l’autre. Aujourd’hui, Ana est à la retraite, sa carrière de maire est terminée, elle peut enfin se reposer. Ou au contraire, tout tenter. Zeno, homme séduisant, célibataire endurci, va enfin soutenir sa thèse. Il va pouvoir passer à autre chose, laisser sa librairie.

Tous les deux se retrouvent à un moment charnier de leur vie. L’un, comme l’autre, arrive à la fin d’un chapitre et ouvre une nouvelle page blanche. Tout est possible. Le statu quo ou la remise en question.

Jordi Lafebre fait le choix d’une histoire à rebours. Au fil des pages, nous remontons l’histoire de cet amour. Cette façon de dérouler l’histoire est originale. Arrivée à la fin je n’avais qu’une envie : recommencer ma lecture en débutant par la fin ! On remonte donc le récit et nous voilà embarqué dans la vie de Zeno et d’Ana. Deux vies totalement opposées. Ana est devenue maire de la commune où elle vit avec son mari mais également mère. Zeno lui, éternel célibataire, possède une librairie mais passe son temps par monts et par vaux. Alors qu’on les retrouve ensemble sous la  pluie, sur un banc, on s’interroge évidemment. Comment se sont-ils rencontrés ? Et pourquoi n’ont-ils pas vécu ensemble ?

Trente-sept ans qu’ils s’attendent. Ce n’est pas rien ! Une vie même ! Trente-sept ans que quelque soit l’endroit du globe où Zeno se trouve, il pense à Ana. Trente-sept ans qu’elle partage avec lui les projets qu’elle nourrit pour sa commune autant que ses doutes. De coups de téléphone nocturne en rencontres éphémères entre deux passages dans la région, Zeno et Ana ne prennent pas le temps de vivre ensemble. Ils vivent chacun leur vie. Mais jamais sans l’autre. Chacun s’accommode des contraintes de l’autre. Mieux que cela, chacun les comprend et les accepte. Il y a rarement un mot plus haut que l’autre. Zeno est aussi stable dans ses sentiments pour Ana qu’il est parfaitement et totalement instable dans sa vie quotidienne.

Ils nourrissent l’un pour l’autre une passion inextinguible et une confiance absolue. Quand on découvre les scènes dévoilées au fur et à mesure par l’auteur, on comprend la teneur et la force de cette relation. Il y a une forme d’amour absolu, celui qui permet d’accepter tout. Pour autant, Jordi n’occulte pas les sentiments parfois douloureux que suscitent cette relation qui fait partie intégrante de leurs vies respectives. Elle ne facilite pas toujours leur vie. Mais elle leur est indispensable.

Il y a, je trouve, dans le couple que forment Zeno et Ana une forme de respect total de l’autre. Ils font le choix de nourrir entre eux une relation dont il refuse qu’elle les aliène l’un à l’autre. Et c’est ainsi que nous arrivons jusqu’à ce moment où ils se sont rencontrés. Puis celui où ils se sont retrouvés. Leur rencontre m’a fait beaucoup rire. L’auteur est riche d’idée niveau rencontre amoureuse !

Finalement dès le début nous savons comment cela va se passer pour eux. Le plaisir de la lecture se trouve dans ce cheminement et dans cette découverte d’un amour un peu « éternel ». Cela ne parlera peut-être pas à tout le monde même si je trouve que Jordi Lafebre a cette incroyable capacité à pouvoir s’adresser à tous. On s’y retrouve tous un peu. Les papillons dans le ventre, la joie des retrouvailles, la crainte aussi parfois, le plaisir d’entendre l’autre au téléphone, sont universels.

Sans compter qu’en cette période morose, une belle, tendre et passionnelle histoire d’amour et bien, disons-le, ça fait du bien. Aussi, je vous la conseille, rien que pour le plaisir de vous faire une douce parenthèse de bonheur.

Bonne lecture,

Maêlle

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