Binti de Nnedi OKORAFOR

Je tarde à vous parler de cet ouvrage mais il me semblait impensable de ne pas vous en parler du tout. J’ai vraiment eu un coup de cœur pour le roman Binti de Nnedi Okorafor, plutôt orientée adolescents/jeunes adultes. Beaucoup de thèmes qui peuvent sembler éculer – recherche de soi, cheminement – sont ici traités d’un point de vue science-fiction, sous une plume acérée et maîtrisée. J’ai été littéralement envoûtée par ce récit de très grande qualité. C’est le défi de Lune qui m’a amené à cette lecture que je ne peux que conseiller vivement. A défaut d’avoir réussi à terminer ce défi, il m’aura permis de faire de belles découvertes jumelé à celui du Maki (à l’occasion j’essaierai de faire un point sur toutes les lectures que j’ai faites dans ces cadres).

Binti

Maîtresse harmonisatrice du peuple Himba, Binti est vouée à reprendre la boutique d’astrolabes de son père… Mais l’incroyable don pour les mathématiques de l’adolescente lui ouvre les portes de la prestigieuse université interplanétaire Oomza.
Binti embarque sur le Troisième Poisson à l’insu de sa famille. Mais au cours du trajet, les Méduses, ennemies millénaires des humains, abordent le vaisseau pour en massacrer les passagers. Commence alors pour Binti un combat pour sa survie et celle de ceux qui lui sont chers.

On retrouve ici des thématiques universelles pour les adolescent(e)s mais aussi des jeunes adultes. Binti a un destin tout tracé. Mais elle a une merveilleuse opportunité pour partir au sein de la prestigieuse université Oomza. Seulement, elle hésite. Elle a le sentiment de trahir les siens. Elle culpabilise de vouloir faire autre chose que ce pourquoi elle est destinée depuis toujours. D’autant que son don en la matière est indéniable. Elle a toutes les compétences requises pour reprendre la boutique de son père. Mais il lui manque une chose : l’aval de ce dernier. Et de sa mère. Se bouscule alors en elle l’amour des siens et le désir de découvrir autre chose, de mettre à profit son incroyable talent pour les mathématiques.

Mais rien n’est simple quand on fait un choix qui contrevient à l’ordre établi… D’abord, Binti se retrouve seule. Totalement, désespérément seule. Déracinée, isolée, elle devient également victime de racisme. En effet, son peuple est perçu comme primitif, peu évoluée. Il est très peu représenté à l’extérieur de son territoire. Avoir conscience de sa différence ne prépare pas aux affres quotidiens de la discrimination. C’est la tête haute que Binti affronte cette hostilité mais elle ne reste pas insensible à ces remarques tantôt blessantes, tantôt cinglantes.

L’autrice décrit ici avec beaucoup d’acuité le maelstrom des sentiments ressentis par la jeune fille. Je l’ai trouvée très juste dans sa façon de définir son mal-être et sa fierté mêlés. Binti m’a semblé doter d’une grande force mais également empreinte de beaucoup de douceur et de fragilité. J’ai aimé la façon qu’elle a de se rattacher à la pâte qui recouvre son corps. Comme un morceau de son territoire qu’elle emmène avec elle. Sa nostalgie est douce et berce l’ensemble du récit. Il est difficile de passer outre ce sentiment de n’être plus nulle part chez elle. C’est dur et poignant.

L’université qui tend à mêler tout un tas de cultures, essaie de promouvoir une certaine tolérance entre les peuples mais l’autrice n’omet pas la dureté des rapports à cet âge. Il y a de la violence entre ces élèves. Binti est dénigrée mais son talent lui permet de s’accrocher malgré les difficultés. Mais ces dernières commencent bien avant son arrivée à l’université.

En effet, le récit commence de façon assez violente ! Les méduses attaquent le vaisseau dans lequel est Binti. Le statut qu’elle aura après cette attaque ne va pas aider à son intégration au sein du lieu d’enseignement. Mais je préfère ne pas détailler ce passage, au risque de vous ôter une surprise qui a son importance pour la suite du récit.

L’imagination de l’autrice est vraiment somptueuse. Le vaisseau poisson c’est tout simplement gé-nial ! Mais aussi, les très nombreuses espèces qui se fréquentent au sein de l’université, les astrolabes… Il n’y a pas à dire, son imagination est fertile et fructueuse. C’est un vrai plaisir. Ajoutons à cela que l’autrice met en avant une femme noire douée en mathématiques, ce qui permet, comme le souligne également Lune, de mettre à mal les préjugés sexistes en tout genre. Et pour les jeunes qui le liront, cela permet, je trouve, de s’identifier aisément à cette jeune femme qui traverse des épreuves difficiles qui vont la faire grandir et évoluer.

Ce roman est clairement orienté jeunesse mais cela n’enlève rien à sa très grande qualité. C’est pour moi clairement un roman jeunesse à mettre en haut du panier et à conseiller.

Vous pouvez lire la chronique de Lune qui est moins dithyrambique que moi mais qui a aimé quelques aspects du roman. Je pense que je vais me laisser tenter par les autres romans de l’autrice…

Bonne lecture !

Maêlle

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s