L’espace d’un an de Becky Chambers

Écrire, vous en parler tant que je suis encore habitée par le roman merveilleux de Becky Chambers, L’espace d’un an. Ce premier tome s’inscrit dans une trilogie intitulée Les voyageurs, publiée chez L’Atalante et a été récompensé en 2017 par le prix Julia Verlanger.

Comment vous en parlez pour rendre hommage à l’œuvre que je viens de lire ? Je cherche mes mots. J’ai été transportée loin de notre monde, au sein d’un vaisseau où j’aurais aimé rester encore des pages entières. Ce fut si bien que je peine à revenir prendre pied dans la réalité pour vous en parler. Je préfère laisser mon esprit s’égarer dans les méandres du vaisseau, dans les volutes astrales ou sur une planète exotique.

Je n’ai aucune critique à formuler, j’ai tout aimé. Les émotions m’ont chaviré, l’écriture m’a profondément ému. Il est des livres qui ne laissent pas intacts et celui-ci en fait parti.

Rosemary, jeune humaine inexpérimentée, est engagée comme greffière à bord du Voyageur, un vaisseau qui creuse des tunnels dans l’espace, où elle apprend à vivre et à travailler avec des représentants de différentes espèces de la galaxie : des reptiles, des amphibiens et, plus étranges encore, d’autres humains.

Est-ce que le métier de Rosemary m’a amené à choisir ce roman en premier sans trop de réflexion sinon l’envie de découvrir l’autrice ? Vous n’avez pas de preuve.

Nous commençons donc par faire la connaissance de Rosemary. On comprend rapidement qu’elle cache un secret et qu’elle cherche à fuir. La question c’est de savoir pourquoi. Et surtout, est-ce elle qui est concernée ou quelqu’un de suffisamment proche pour qu’elle préfère s’éloigner ? Nous restons dans le flou un long moment. Mais on s’interroge sur l’identité de la jeune femme et ses motivations visant à rejoindre le vaisseau tunnelier Le voyageur.

On poursuit avec le second humain essentiel, Ashby Santoso, le capitaine du vaisseau. Le recrutement de Rosemary est une condition sine qua non pour lui permettre de poursuivre son métier et d’évoluer. Rosemary sera celle qui va mettre de l’ordre dans tous les papiers du vaisseau. Lettre de recommandation, CV, elle a le profil que recherche Ashby qui ne peut espérer qu’une chose supplémentaire : qu’elle s’entende bien avec l’ensemble de l’équipage.

Becky Chambers nous immerge directement dans le récit. Aucun terme (en tout cas dans la version numérique que j’ai lue) n’est expliqué, il faut prendre le roman comme il vient. Il faut lâcher prise et se laisser porter. Le voyage n’en est que plus magnifique. La plume est d’une incroyable fluidité. L’autrice créée un univers immensément riche et dense en réussissant l’exploit de ne pas nous abrutir de descriptions. Elle décrit avec un naturel déconcertant, introduisant une nouvelle espèce à travers les yeux d’un de ses personnages, un environnement en quelques mots soigneusement choisis. Tout est incroyablement simple. Et en même temps incroyablement multiple.

Nous voilà donc à bord du Voyageur aux côtés du Dr Miam, médecin et cuistot, Kizzy & Jenks, le duo de tech, Sissix, une Aandrisk, la pilote, Ohan, la paire sianate, le navigateur, Corbin, alguiste et Ashby, le capitaine. Ah et vous serez accueilli par Lovey, l’IA du vaisseau. Voilà, vous y êtes. Entrez.

Entrez dans le quotidien de ce vaisseau dont le travail consiste à percer des tunnels dans l’espace afin de raccourcir et sécuriser des routes entre différents endroits. En somme, des missions sont proposées et Ashby candidate. S’ils sont retenus, ils ont la mission et sont payés en crédit à la fin. Creuser un tunnel est tout un art que Rosemary va découvrir. Blessée par la vie, elle est pourtant dotée d’un caractère profondément optimiste qui la rend immédiatement attachante.

Avec un équipage aussi hétéroclite, l’autrice n’hésite pas à aborder des sujets intéressants et d’actualité. Cela va des difficultés à comprendre le fonctionnement de certaines espèces au racisme, ici évoqué sous le terme de spécisme. Seulement voilà, malgré leurs différences, malgré leurs difficultés, l’ensemble fonctionne. Le vaisseau tourne parfaitement rond, chacun sait ce qu’il a à faire, sa place, son rôle. Indéniablement, il faut des compétences pour faire tourner un vaisseau mais aussi un carburant auquel on ne songe pas : l’amour.

Rosemary ne va pas seulement trouver sa place dans un équipage. Elle va entrer dans une famille unie et soudée. Tolérance et respect sont les maîtres mots. Et celle qui semble être un simple gratte papier va se révéler au fil de l’histoire. Car il est clair que la force du roman réside aussi dans l’histoire de chaque personnage. Becky Chambers prend un soin particulier à construire des récits de vie denses pour chacun d’entre eux. Rien de nécessairement exceptionnel mais Kizzy a eu une enfance pas franchement dans l’opulence, le Dr Miam est un grum, une espèce en voie d’extinction etc. Leur personnalité est ciselée. Il y a du fond en plus de la forme.

Si j’ai un attachement tout particulier pour ces personnages qui m’ont accompagnés, il n’y a pas qu’eux qui font la force du récit. Tout l’univers est aussi bien travaillé : le concept d’Union Galactique, les différents planètes, les différentes factions, les différentes évolutions des espèces. Tout, absolument tout, est pensé intelligemment. Il n’y a pas de faille, ni d’oubli. On ne se demande jamais « Ah tiens mais c’est quoi ça au final ? ». Jamais. Aucune incohérence. C’est un travail d’orfèvre dont je suis admirative.

Les différentes espèce qu’elle créée lui permettent de faire des interactions entre ses personnages donnant à réfléchir. J’ai beaucoup aimé la discussion entre Ashby et Pei sur la violence et le fait de tuer. Les réflexions sur l’espèce humaine sont très pertinentes. Il y a, à la fois une différence entre les humains du roman et nous, liée à l’évolution qu’ils ont connu suite aux difficultés qu’ils ont rencontrées et une critique acerbe de ce que nous sommes aujourd’hui, à travers une critique du passé des humains. Rien n’est pour autant tout noir ou tout blanc. Les paroles sont pesées et pensées. Chacun apprend à reconnaître les erreurs de son peuple et les défauts qu’il a. Il y a, à mon sens, une grande intelligence dans cette histoire.

Et une immense sensibilité. Becky Chambers évoque l’amour sous toutes ses formes. L’amour qui unit une famille, un clan, l’amour entre deux personnes d’espèces différentes. Voir entre deux entités distinctes. J’ai trouvé ça beau. Tout simplement. Accepter l’autre, ses différences, l’aimer, vouloir prendre soin de lui. Les liens qui se tissent entre chaque membre d’équipage nous entraînent avec eux. J’ai dîné avec eux de mets exotiques, j’ai ri des bêtises de Kizzy et entendu Jenks parler de son choix de ne pas améliorer son corps. J’ai senti la différence entre l’air confiné et filtré et celui que l’on respire sur une planète, l’air libre. J’ai vu l’amour, dissimulé mais intense entre deux êtres que la culture de l’un éloigne de l’autre. J’ai appris à percer un tunnel dans l’espace, je me suis émerveillée du spectacle de l’espace immense. Et pour finir, j’ai pleuré. Quand j’ai compris ce qui allait se passer. Quand j’ai vu Kizzy perdre pied. Les émotions m’ont étreint tout au long de ma lecture.

Mon seul regret c’est de l’avoir déjà fini. J’envie ceux qui vont commencer cette lecture et plonger dans ce roman. J’aimerai presque d’ores et déjà le relire. Reprendre depuis le début, retrouver les bracelettes, les harmagiens, voir les aéluons et regarder Kizzy manger des crevettes flammes.

Découvrez-le.

Bonne lecture,

Maêlle

Je ne suis pas la seule à avoir apprécier ! La Geekosophe y voit plein de bienveillance et d’optimisme qui font du bien au moral et j’approuve !

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