Au nom de la mère & Une tête de nuage de Erri de Luca

    Dans le cadre de mon travail, j’ai été amenée à me déplacer sur Paris pour y suivre une formation. Cela a coïncidé avec la venue d’Erri de Luca au sein de la librairie Le Divan. J’en ai parlé un peu ici (lien FB). J’ai appris cette venue de façon assez inopinée mais cela m’a semble inespéré ! J’allais pouvoir rencontrer mais surtout écouter, un auteur pour lequel je nourris un respect teinté d’une forme d’admiration. J’aime son écriture, son style, sa poésie incroyable et son parcours atypique.

Cherchez l’erreur…

    Plusieurs mois après, je reste très marquée par cette rencontre que j’ai trouvée assez magique. Qu’est-ce que j’en retire ? D’abord, Erri de Luca est un homme incroyablement simple et abordable. C’est même lui qui est venu me voir pour me proposer de signer un autographe ! Certes, j’étais arrivée très en avance, je craignais quelque peu la cohue et le manque de place, la librairie n’étant pas extensible. Sauf qu’il s’avère qu’Erri de Luca ne supporte pas d’arriver lui-même trop à l’heure. Il préfère être en avance. Alors comme un petit cadeau de bienvenue, j’ai eu droit à un franc sourire et un autographe. Je ne lui ai pas posé de questions à ce moment car je savais que son intervention serait animée. Et puis, ça reste un peu intimidant… A ceux qui pourraient penser qu’il y avait aussi la barrière de la langue, et bien sachez qu’il n’en est rien. Erri de Luca a vécu en France, il parle très bien le français et le comprend, pourvu qu’on ne parle pas de façon précipitée car il ne manipule pas cette langue tous les jours. Si vous voulez lui dire quelque chose en français, il est à même de vous comprendre donc l’échange était possible. Mais je n’ai pas osé. C’est fou comme à ce moment-là on perd ses mots…

    La rencontre a été organisée avec son éditeur Gallimard pour la sortie de son dernier livre Une tête de nuage sur lequel je reviendrai après. Et si il y avait bien un interprète franco-italien, Erri de Luca a aussi répondu aux questions qui lui étaient posées en français. Comme dans ses livres, c’est quelqu’un qui prend le temps de poser sa pensée et de choisir soigneusement ses mots. Il nous a parlé de Jésus et de Marie, mais aussi de Joseph, les personnages de son dernier roman. Depuis maintenant de longues années Erri de Luca fait un travail de relecture et de traduction de la Bible depuis sa langue d’écriture initiale, à savoir l’hébreu. Langue qu’il a appris à lire et à écrire en autodidacte. Tiré de la bible, j’ai déjà eu l’occasion de lire Et il dit qui m’avait laissé une impression mitigée. Ayant peu d’accointance avec le côté religieux, je craignais un petit peu cette nouvelle lecture tirée de la Nativité. Je savais que je ne serai pas déçue par la qualité de l’écriture mais j’ignorais si le récit derrière réussirait à m’emporter. Mes doutes ont été balayés d’un trait de plume et de quelques mots.

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Pas parler de Lydie Salvayre

   Prix Goncourt 2014, Pas parler de Lydie Salvayre m’a surtout attiré pour la magnifique couverture en édition limitée de chez Points. Des poches soignés et mis en valeur, je trouve l’initiative vraiment sympa ! Bien sûr, le résumé m’a intrigué d’autant que le livre place son histoire durant une partie de l’histoire espagnole difficile, à savoir la guerre civile de 1936 dont découlera l’arrivée au pouvoir de Franco avec la dictature qui suivit. Je pense que cet épisode historique tend à être minimisé ou occulté par la montée du nazisme et du fascisme en Europe. En 1936, Hitler était déjà chancelier allemand, Mussolini est le Duce en Italie et les deux pays se rapprochent dangeureusement. A sa façon l’Espagne n’échappe pas à l’instabilité politique qui s’installe sur le vieux continent. Et tout cela, nous le découvrons à travers Montse, la mère de la narratrice et autrice, et à travers un écrivain espagnol Bernanos auteur Les grands cimetières sous la lune. Deux témoins d’une époque bouleversante où la noirceur humaine va se révèler.

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Block 46 de Johana Gustawsson

   Voilà un nouveau titre acquis pendant la Grosse Op de Bragelonne et que je ne regrette nullement d’avoir acquis ! J’ai passé un très bon moment de lecture avec cette jeune autrice française dont vous pouvez découvrir le site internet pour connaître les dernières nouvelles. Block 46 est un livre bien mené avec des personnages très intéressants. Je n’étais pas partie pour le lire de suite mais Valériane en a parlé sur Instagram (il y a longtemps mais je ne l’ai vu que récemment…) et une soudaine envie de lire du bon thriller m’a fait céder à l’appel. Retour sur une autrice prometteuse.

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La mémoire dans les poches de Luc Brunschwig & Etienne Le Roux

   Un beau dessin qui sert un beau scénario… Voilà le mariage réussi en bande-dessinée, celui qui m’enthousiasme et m’emporte. C’est ce que j’ai découvert avec la trilogie La mémoire dans les poches de Luc Brunschwig et de Etienne Le Roux édité chez la maison d’édition de Futuropolis dont le catalogue recèle de belles pépites.

Laurent Letignal œuvre dans son quartier, dans sa banlieue dite populaire pour venir en aide à des étrangers cherchant à apprendre le français, à s’intégrer. C’est ce que sa mère lui a inculqué, l’entraide, la solidarité. Une mère imposante, omniprésente, envahissante face à un père discret et effacé mais fier de son fils. Ce dernier a écrit un livre qui commence à rencontrer un succès de plus en plus grandissant. Soudain, sans prévenir, son père disparaît. Avec un jeune enfant. Pourquoi, pour aller où ? Autant de questions auxquels Laurent va vouloir trouver des réponses.

   Cette trilogie c’est l’écho d’un passé fui dans un présent compliqué. C’est une histoire pleine d’humanité qui parle d’un enfant traumatisé et d’un adulte qui s’est construit avec une part de lui-même amputé. Finalement, la petite histoire de cet homme va nous plonger dans la grande Histoire, celle qui s’est déroulée durant la seconde guerre mondiale. Mélange des époques qui se rappellent l’une à l’autre et dans laquelle on découvre de troublantes similitudes.

   Nous suivons tout d’abord le parcours de Sidoine Letignal. Sidoine a tellement peur d’oublier quelque chose qu’il note tout ce qui lui semble important sur des bouts de papier qu’il conserve dans ses poches. Sidoine note même sa propre date de naissance… Mais du coup, il est une anthologie des moments marquants de sa vie et de celle de sa famille. Dans ses bras, un tout jeune enfant qui pleure. De pharmacie en bar, on le voit errer sans savoir où il va, ni ce qu’il cherche. Grâce à des retours en arrière nous découvrons qu’il vit dans une banlieue parisienne avec sa femme Rosalie et leur fils Laurent. Petit à petit, nous découvrons ce passé – récent – qui la conduit jusqu’à ce moment, jusqu’à cet enfant. Il faut apprendre à faire connaissance avec Sidoine…

   En arrière-plan de cette histoire qui est avant tout une histoire de famille, de liens familiaux, tout au long de ces 3 tomes, il y a le racisme. Celui de tous les jours auquel est confronté Laurent au sein de sa banlieue et qu’il tente de vaincre en offrant de son temps et de sa passion sincère pour les autres. J’ai trouvé Laurent très touchant et me suis beaucoup attachée à lui, ce qui tombe bien car petit à petit l’histoire va se recentrer sur lui plutôt que son père. Après la fuite de Sidoine, nous continuons avec la recherche de Laurent.

   A ces parcours qui s’écartent, qui s’égarent, les liens familiaux s’étirent jusqu’à la rupture. Ça éclate, la vérité éclabousse l’innocence de Laurent, celle que nourrisse tous les enfants vis à vis de leurs parents. Alors qu’on le pense adulte, il va grandir encore, gagner en maturité et surtout partir dans une belle aventure : celle qui consiste à partir à la rencontre de son père. Ce père qu’il aime, qu’il admire, qu’il respecte, que sa mère a tendance à occulter. En raison de cette discrétion, Laurent chérit les souvenirs qu’il a avec de lui. Pourtant il va être confronter à un voile de mensonge opaque… Mais Laurent recèle une volonté farouche de déchirer ce voile et de savoir ce qui se passe derrière.

   Derrière, c’est son père qui va surgir. Dans la nudité crue de la vérité quant à son histoire. Qui est vraiment Sidoine Letignal ? Quel est son véritable passé ? Autant de questions auxquelles Laurent va tenter de trouver des réponses. Il va d’ailleurs y mettre les moyens et ce à partir du tome 2 qui se déroule 3 ans après le premier. L’épilogue de cette histoire arrive avec le bruit de la guerre et la folie nazie dans le tome 3. L’ensemble est cohérent, bien écrit, bien mené.

   Je me suis plongée avec beaucoup de plaisir dans cette histoire familiale dense et riche en émotion. Luc Brunschwig déroule parfaitement son histoire, sans nous égarer parmi les rebondissements. J’ai trouvé qu’il y avait une forme de courage dans l’acte de son père, au moins autant que dans la décision de Laurent de retrouver celui-ci. Cette histoire est servie par les sublimes dessins de Etienne Le Roux. Beaucoup de rondeur dans les personnages comme pour souligner leur douceur et leur humanité. Les couleurs, très sobres, très douces concourent à cette chaleur humaine que l’on ressent à travers les pages. Les teintes varient assez peu quand il s’agit de souvenirs, soulignant avec un côté sépia, l’ancienneté de ce qui va nous être conté. Mais ne cherchez pas trop de couleurs vives, les planches en recèlent peu. Etienne Le Roux préfère rester dans la même palette de couleurs, ne les variant qu’en fonction de l’instant qui est dessiné. Le tout donne des dessins et des couleurs bien assorties à l’histoire.

   C’est donc une très belle découverte que je vous invite à faire également. Mo’ a été emballée par le tome 1 et a apprécié le tome 2 (mais n’a pas encore lu le tome 3 !)

Bonne lecture !

Maêlle

L’espionne de Paulo Coelho

   Ce livre parle de l’espionne mais surtout d’une femme. Une femme au destin aussi tragique que flamboyant, à savoir Mata Hari. On la connaît peu voir pas du tout sous son vrai nom, Margaretha Geertruida ZELLE. Fille d’un riche fabricant de chapeaux et de cape en Hollande, elle aura connu une vie comme à nulle autre pareille. Paulo Coelho propose dans son roman L’espionne de retracer les grandes lignes de la vie de Mata Hari et surtout ses dernières années. Mais on se demande en refermant ce roman, qui était vraiment Mata Hari ? Une femme qui mentait pour égayer un quotidien parfois difficile ou pour le plaisir du mensonge ? Une espionne qui agissait dans les intérêts de la France ou pour ceux de l’Allemagne ? Finalement, cette femme demeure un mystère tant elle eut une vie atypique à une époque où les femmes étaient muselées, guidées, chapeautées et parfois maltraitées. Une chose est certaine, Margaretha aura eu le goût de la liberté, un désir difficile à assouvir pour une femme des années 20.

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Le meurtre d’O’Doul Bridge de Florent Marotta

   Je récidive avec la lecture d’un livre de Florent Marotta dans un style radicalement différent de celui à travers lequel je l’ai découvert, à savoir Yzé et le palimpseste. Cette fois-ci l’auteur s’est lancé dans l’écriture d’un polar rythmé et assez court (moins de 200 pages au format numérique). Il s’en dégage un rythme soutenu, une lecture très fluide grâce à une plume égale à elle-même. Si le suspense est pas trop mal maîtrisé, c’est surtout les rebondissements qui font l’intérêt de cette histoire. Le meutre d’O’Doul Bridge va vous envoyer à San-Francisco auprès de French coach. Attaché vos ceintures, ça va aller vite !https://image.jimcdn.com/app/cms/image/transf/none/path/s9fbf515e67c6e0cd/image/ibcc4b962fbba6a10/version/1500106339/image.jpg

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Les beaux étés – Tome 1 Cap au Sud ! de Zidrou & Lafebre

   J’ai découvert Zidrou à travers la bande-dessinée L’adoption dont je vais bientôt parler du tome 2. Après ma lecture, j’avais entendu le plus grand bien de la série Les beaux étés, lancée par Zidrou à l’histoire et Lafebre aux dessins. Il m’a fallu donc un an pour enfin me lancer dans la lecture de cette autre bande-dessinée ! Mieux vaut tard que jamais paraît-il…

   Mon avis pourrait se résumer en seulement quelques mots : j’ai adoré. Mais je vais tâcher de vous en dire un peu plus histoire que vous soyez vous aussi tentés par cette lecture.

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Capa – L’étoile filante de Florent Silloray

   Couleur sépia comme un vieil album photo, quoi de plus judicieux pour évoquer Robert Capa, éminent photographe dont Florent Silloray retrace la vie à travers une bande-dessinée de qualité intitulée Capa – L’étoile filante. Offerte à mon papa qui vous en a parlé ici, je me suis moi-même lancée dans cette lecture prometteuse partant néanmoins avec beaucoup moins de connaissances que mon papa, amateur de photo depuis longtemps.

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Iroquois de Patrick Prugne

En voilà une belle BD arborant une bien jolie couverture. Iroquois de Patrick Prugne est sortie à la fin de l’été dernier chez l’éditeur Daniel Maghen. A travers un récit fouillé, des illustrations fidèles à l’Histoire, Patrick Prugne nous livre une œuvre de grande qualité qui a su à la fois m’instruire et me faire rêver.

Couverture de Iroquois

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Nos mythologies économiques de Eloi Laurent

   Nos mythologies économiques fait parti des livres qui, si on ne m’avait pas invité à le lire, je n’en aurai peut-être jamais entendu parler. Et pourtant c’est bien dommage, surtout à l’heure actuelle ! Ce court ouvrage de 112 pages devrait être connu davantage et obtenir une audience bien plus large car il est rempli d’intelligence. Alors que l’on nous assomme de théories économiques plus fumeuses les unes que les autres, que l’on nous parle de flexibilité du marché du travail dans une France sclérosée, incapable d’évoluer depuis des décennies, enfermée dans un schéma pré-défini, on nous laisse sans clés pour comprendre, décrypter ce langage. Laissez-vous porter par les mots simples et les phrases limpides d’Eloi Laurent pour vaincre votre phobie de l’économie et vous réapproprier le discours politico-économique dominant. Et par là-même, réinvestir la sphère citoyenne.

mytho Lire la suite