Et il dit de Erri de Luca

   Je poursuis ma découverte de cet auteur dont je vous ai déjà dit tant de bien, ici ou . J’ai suivi avec passion son contentieux avec la justice qui lui a valu une relaxe médiatique rassurante sur l’état de la justice italienne malgré les relents de corruption qu’il dénonce.

   Je continue donc de vous en parler et de lire ses ouvrages, de façon assez aléatoire, profitant de ses « pauses » pour me plonger dans des livres plus anciens. Alors que La nature exposée vient de sortir chez Gallimard, j’ai donc choisi de lire Et il dit sorti sorti en France en 2011

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Le plus et le moins de Erri de Luca

   Il y a des auteurs qui en quelques mots vous émeuvent et vous touchent. Parfois même vous percutent. Il y en a dont la plume vous emporte en quelques lignes et ne vous lâche pas jusqu’au point final. Après avoir traversé une période de travail intense sans lecture distrayante, il me fallait plonger, avec un besoin impérieux, dans l’océan des mots d’un livre. Dans ces moments-là, vous vous tournez vers un auteur que vous savez qui vous fera du bien. C’est un peu comme se glisser dans les bras d’un amant qui vous connaît par cœur. C’est réconfortant, apaisant. J’avais besoin de m’évader mais je n’avais pas envie de m’immerger dans un monde inconnu. Je me suis plongée avec l’impatience propre à celle qui n’a que trop attendu pour lire, dans Le plus et le moins d’Erri de Luca. Dernier ouvrage en date de l’auteur italien que je ne vous présente plus, il m’a semblé être un OFNI (ouvrage fabuleux non identifié) dans sa, prolifique, bibliographie. Atypique dans le contenu mais pas dans la forme, un peu comme dormir dans un lieu inconnu avec votre amant si connu, pour filer la métaphore. J’ai retrouvé un peu de sa poésie, sa douceur, la chaleur napolitaine. J’ai découvert la lutte, le combat, son intimité. Portrait d’un homme hors du temps et d’un livre à son image.

Le + et le -

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Erri de Luca – Verdict

Je ne serai pas rigoureuse si je n’allais pas jusqu’au bout, en publiant un petit billet suite au rendu ce jour de la décision de relaxe à l’égard de l’auteur Erri de Luca, dont je vous ai parlé à plusieurs reprises. Je suis profondément contente de savoir que sa liberté d’expression ne constitue pas un crime et que les choix risqués de défense qu’il a effectués, aient porté leurs fruits. En effet, l’auteur avait refusé que ses défenseurs déposent un recours en inconstitutionnalité contre l’article de loi à l’origine de ces poursuites. Il souhaitait que le débat soit porté dans une salle d’audience, en public. Erri de Luca est de ces hommes qui n’ont peur de rien. Je renouvelle mon admiration à cet écrivain qui a déclaré juste avant le délibéré :

« Je serais présent dans cette salle même si je n’étais pas l’écrivain inculpé pour incitation. Au-delà de mon cas, négligeable cas personnel, je tiens l’accusation contestée pour un essai, la tentative de faire taire les paroles contraires. C’est pourquoi, j’estime que cette salle est un avant-poste tourné vers le présent immédiat de notre pays. J’exerce l’activité d’écrivain et je me considère comme la partie lésée par toute volonté de censure.
Je suis inculpé par un article du code pénal qui remonte à 1930 et à cette période de l’histoire d’Italie. Pour moi, cet article est dépassé depuis la rédaction postérieure de la Constitution de la République. Je suis dans cette salle pour savoir si ce texte est en vigueur et décisif ou si le chef d’accusation aura le pouvoir de suspendre et d’invalider l’article 21 de la Constitution.
J’ai empêché mes défenseurs d’introduire une instance relative à l’inconstitutionnalité du chef d’accusation. Si elle avait été recevable, elle aurait arrêté ce procès, transféré les pièces dans les chambres d’une Cour Constitutionnelle surchargée de travail et qui se serait prononcée dans plusieurs années. Si elle avait été recevable, l’instance aurait fait l’impasse de cette salle et de ce temps précieux. Je crois que ce qui est constitutionnel se décide et se défend dans des lieux publics comme celui-ci, de même que dans un commissariat, une salle de classe, une prison, un hôpital, sur un lieu de travail, aux frontières traversées par les demandeurs d’asile. Ce qui est constitutionnel se mesure au rez-de-chaussée de la société.
Je suis inculpé pour avoir employé le verbe saboter. Je le considère noble et démocratique. Noble, parce que prononcé et utilisé par de grands personnages comme Gandhi et Mandela, avec d’énormes résultats politiques. Démocratique, parce qu’il appartient depuis l’origine au mouvement ouvrier et à ses luttes. Une grève, par exemple, sabote la production. Je défends l’emploi légitime du verbe saboter dans son sens le plus efficace et le plus vaste. Je suis prêt à subir une condamnation pénale pour son emploi, mais non pas à laisser censurer ou réduire ma langue italienne.
« C’est à ça que servaient les cisailles » : à quoi ? À saboter une entreprise aussi colossale et nuisible avec des cisailles ? Aucun autre perfide outillage de quincaillerie n’est consigné dans les pièces de ma conversation téléphonique. Alors, accuse-t-on le soutien verbal d’une action symbolique ? Je ne veux pas interférer dans le domaine de compétence de mes défenseurs.
Je termine en affirmant une fois de plus ma conviction que la ligne soi-disant à grande vitesse en val de Suse doit être freinée, entravée, donc sabotée pour la légitime défense de la santé, du sol, de l’air, de l’eau d’une communauté menacée.
Ma parole contraire subsiste et j’attends de savoir si elle constitue un délit.

Sarei presente in quest’aula anche se non fossi io lo scrittore incriminato per istigazione. Aldilà del mio trascurabile caso personale, considero l’imputazione contestata un esperimento, il tentativo di mettere a tacere le parole contrarie. Perciò considero quest’aula un avamposto affacciato sul presente immediato del nostro paese. Svolgo l’attività di scrittore e mi ritengo parte lesa di ogni volontà di censura.
 Sono incriminato per un articolo del codice penale che risale al 1930 e a quel periodo della storia d’Italia. Considero quell’articolo superato dalla successiva stesura della Costituzione della Repubblica. Sono in quest’aula per sapere se quel testo è in vigore e prevalente o se il capo di accusa avrà potere di sospendere e invalidare l’articolo 21 della Costituzione.
Ho impedito ai miei difensori di presentare istanza di incostituzionalità del capo di accusa. Se accolta, avrebbe fermato questo processo, trasferito gli atti nelle stanze di una Corte Costituzionale sovraccarica di lavoro, che si sarebbe pronunciata nell’arco di anni. Se accolta, l’istanza avrebbe scavalcato quest’aula e questo tempo prezioso. 
Ciò che è costituzionale credo che si decida e si difenda in posti pubblici come questo, come anche in un commissariato, in un’aula scolastica, in una prigione, in un ospedale, su un posto di lavoro, alle frontiere attraversate dai richiedenti asilo. Ciò che è costituzionale si misura al pianoterra della società.
Inapplicabile al mio caso le attenuanti generiche,se quello che ho detto è reato, l’ho ripetuto e continuerò a ripeterlo.
Sono incriminato per avere usato il verbo sabotare. Lo considero nobile e democratico. Nobile perché pronunciato e praticato da valorose figure come Gandhi e Mandela, con enormi risultati politici. Democratico perché appartiene fin dall’origine al movimento operaio e alle sue lotte. Per esempio uno sciopero sabota  la produzione. Difendo l’uso legittimo del verbo sabotare nel suo significato più efficace e ampio. Sono disposto a subire condanna penale per il suo impiego, ma non a farmi censurare o ridurre la lingua italiana. 
”A questo servivano le cesoie” : a cosa? A sabotare un’opera colossale quanto nociva con delle cesoie? Non risultano altri insidiosi articoli di ferramenta agli atti della mia conversazione telefonica. Allora si incrimina il sostegno verbale a un’azione simbolica?  Non voglio sconfinare nel campo di competenza dei miei difensori.
Concludo confermando la mia convinzione che la linea di sedicente alta velocità in Val di Susa va ostacolata, impedita, intralciata, dunque sabotata per la legittima difesa della salute, del suolo, dell’aria, dell’acqua di una comunità minacciata.
La mia parola contraria sussiste e aspetto di sapere se costituisce reato.

Erri de Luca »

Il a donc été relaxé. Il est rassurant pour tout citoyen de pouvoir avoir confiance en la justice de son pays. Même lorsqu’on est un écrivain qui n’a peur de rien.

Maêlle

P.S : je rappelle que François Morel sur France Inter avait fait une chronique « Je suis Erri de Luca », excellentissime, que je vous invite vraiment à écouter.

La parole contraire – Erri de Luca

   Ce court ouvrage est un précis de vocabulaire. Une leçon de littérature. C’est le poing levé d’un homme qui inspire le respect. Auteur italien réputé, Erri de Luca a été poursuivi en justice dans son pays pour avoir apporté son soutien, à travers des propos publiés par le Huffington Post Italie et l’Ansa (équivalent de l’AFP), aux actes de sabotage perpétrés contre la ligne TAV (=TGV= Turin-Lyon). Cette ligne n’est pas encore construite. C’est un projet en cours depuis de nombreuses années qui rencontre une très forte opposition de la part de citoyens vivant dans la vallée susceptible d’être affectée par cette future ligne ferroviaire. N’allez pas croire qu’il s’agit pour eux d’une simple lubie. Ces hommes, femmes et enfants se battent tant pour leurs terres, la vallée, le patrimoine que l’impact écologique énorme qu’aurait ce chantier. Mis en examen, Erri de Luca fera front avec ses avocats. A travers ce texte, l’auteur ne rédige pas un pamphlet mais simplement donne son opinion sur un dossier qu’il trouve particulièrement grotesque. Sans jamais se dissimuler, il assume pleinement ses propos. Il les explique, les décortique, tourne en ridicule l’action menée par les procureurs et la société à son encontre. A travers ses mots, ses phrases, ses expressions il mène son combat. Celui de faire l’usage qu’il entend du verbe « saboter ». La liberté d’expression tant vantée et défendue est mise à mal au sein même de l’Europe grâce à des dispositions législatives détournées de leur objectif initial. Monsieur François Hollande a officiellement refusé de prendre position en faveur de l’auteur qui bénéficie d’un très large soutien populaire dont il est très fier. Là encore il est dommage de ne pas en entendre davantage parler en France alors même que la société ferroviaire en charge de ce chantier et qui souhaitait voir l’auteur poursuivi est… Franco-italienne avec son siège à Chambéry et sa présidence assurée par un haut fonctionnaire français.

Erri

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