Le procès du Dr Forrester de Henry Denker

   Le chiffre 2 écrit sur la première page blanche trahit le lieu de provenance de ce livre : la grande braderie d’Emmaüs. C’est un livre assez ancien sorti du fin fond de ma bibliothèque pour m’accompagner lors d’un trajet en train et d’un court séjour. Le thème était assez original pour m’intriguer quand bien même le livre tout entier, la couverture en premier lieu, accusait quelques années. Mais qu’importe, de vieux ouvrages peuvent recéler de belles histoires. Celui-ci m’offrira un bon moment de détente à travers une histoire simple mais sympathique quoique très prévisible sur certains pans.

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Le plus et le moins de Erri de Luca

   Il y a des auteurs qui en quelques mots vous émeuvent et vous touchent. Parfois même vous percutent. Il y en a dont la plume vous emporte en quelques lignes et ne vous lâche pas jusqu’au point final. Après avoir traversé une période de travail intense sans lecture distrayante, il me fallait plonger, avec un besoin impérieux, dans l’océan des mots d’un livre. Dans ces moments-là, vous vous tournez vers un auteur que vous savez qui vous fera du bien. C’est un peu comme se glisser dans les bras d’un amant qui vous connaît par cœur. C’est réconfortant, apaisant. J’avais besoin de m’évader mais je n’avais pas envie de m’immerger dans un monde inconnu. Je me suis plongée avec l’impatience propre à celle qui n’a que trop attendu pour lire, dans Le plus et le moins d’Erri de Luca. Dernier ouvrage en date de l’auteur italien que je ne vous présente plus, il m’a semblé être un OFNI (ouvrage fabuleux non identifié) dans sa, prolifique, bibliographie. Atypique dans le contenu mais pas dans la forme, un peu comme dormir dans un lieu inconnu avec votre amant si connu, pour filer la métaphore. J’ai retrouvé un peu de sa poésie, sa douceur, la chaleur napolitaine. J’ai découvert la lutte, le combat, son intimité. Portrait d’un homme hors du temps et d’un livre à son image.

Le + et le -

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Erri de Luca – Verdict

Je ne serai pas rigoureuse si je n’allais pas jusqu’au bout, en publiant un petit billet suite au rendu ce jour de la décision de relaxe à l’égard de l’auteur Erri de Luca, dont je vous ai parlé à plusieurs reprises. Je suis profondément contente de savoir que sa liberté d’expression ne constitue pas un crime et que les choix risqués de défense qu’il a effectués, aient porté leurs fruits. En effet, l’auteur avait refusé que ses défenseurs déposent un recours en inconstitutionnalité contre l’article de loi à l’origine de ces poursuites. Il souhaitait que le débat soit porté dans une salle d’audience, en public. Erri de Luca est de ces hommes qui n’ont peur de rien. Je renouvelle mon admiration à cet écrivain qui a déclaré juste avant le délibéré :

« Je serais présent dans cette salle même si je n’étais pas l’écrivain inculpé pour incitation. Au-delà de mon cas, négligeable cas personnel, je tiens l’accusation contestée pour un essai, la tentative de faire taire les paroles contraires. C’est pourquoi, j’estime que cette salle est un avant-poste tourné vers le présent immédiat de notre pays. J’exerce l’activité d’écrivain et je me considère comme la partie lésée par toute volonté de censure.
Je suis inculpé par un article du code pénal qui remonte à 1930 et à cette période de l’histoire d’Italie. Pour moi, cet article est dépassé depuis la rédaction postérieure de la Constitution de la République. Je suis dans cette salle pour savoir si ce texte est en vigueur et décisif ou si le chef d’accusation aura le pouvoir de suspendre et d’invalider l’article 21 de la Constitution.
J’ai empêché mes défenseurs d’introduire une instance relative à l’inconstitutionnalité du chef d’accusation. Si elle avait été recevable, elle aurait arrêté ce procès, transféré les pièces dans les chambres d’une Cour Constitutionnelle surchargée de travail et qui se serait prononcée dans plusieurs années. Si elle avait été recevable, l’instance aurait fait l’impasse de cette salle et de ce temps précieux. Je crois que ce qui est constitutionnel se décide et se défend dans des lieux publics comme celui-ci, de même que dans un commissariat, une salle de classe, une prison, un hôpital, sur un lieu de travail, aux frontières traversées par les demandeurs d’asile. Ce qui est constitutionnel se mesure au rez-de-chaussée de la société.
Je suis inculpé pour avoir employé le verbe saboter. Je le considère noble et démocratique. Noble, parce que prononcé et utilisé par de grands personnages comme Gandhi et Mandela, avec d’énormes résultats politiques. Démocratique, parce qu’il appartient depuis l’origine au mouvement ouvrier et à ses luttes. Une grève, par exemple, sabote la production. Je défends l’emploi légitime du verbe saboter dans son sens le plus efficace et le plus vaste. Je suis prêt à subir une condamnation pénale pour son emploi, mais non pas à laisser censurer ou réduire ma langue italienne.
« C’est à ça que servaient les cisailles » : à quoi ? À saboter une entreprise aussi colossale et nuisible avec des cisailles ? Aucun autre perfide outillage de quincaillerie n’est consigné dans les pièces de ma conversation téléphonique. Alors, accuse-t-on le soutien verbal d’une action symbolique ? Je ne veux pas interférer dans le domaine de compétence de mes défenseurs.
Je termine en affirmant une fois de plus ma conviction que la ligne soi-disant à grande vitesse en val de Suse doit être freinée, entravée, donc sabotée pour la légitime défense de la santé, du sol, de l’air, de l’eau d’une communauté menacée.
Ma parole contraire subsiste et j’attends de savoir si elle constitue un délit.

Sarei presente in quest’aula anche se non fossi io lo scrittore incriminato per istigazione. Aldilà del mio trascurabile caso personale, considero l’imputazione contestata un esperimento, il tentativo di mettere a tacere le parole contrarie. Perciò considero quest’aula un avamposto affacciato sul presente immediato del nostro paese. Svolgo l’attività di scrittore e mi ritengo parte lesa di ogni volontà di censura.
 Sono incriminato per un articolo del codice penale che risale al 1930 e a quel periodo della storia d’Italia. Considero quell’articolo superato dalla successiva stesura della Costituzione della Repubblica. Sono in quest’aula per sapere se quel testo è in vigore e prevalente o se il capo di accusa avrà potere di sospendere e invalidare l’articolo 21 della Costituzione.
Ho impedito ai miei difensori di presentare istanza di incostituzionalità del capo di accusa. Se accolta, avrebbe fermato questo processo, trasferito gli atti nelle stanze di una Corte Costituzionale sovraccarica di lavoro, che si sarebbe pronunciata nell’arco di anni. Se accolta, l’istanza avrebbe scavalcato quest’aula e questo tempo prezioso. 
Ciò che è costituzionale credo che si decida e si difenda in posti pubblici come questo, come anche in un commissariato, in un’aula scolastica, in una prigione, in un ospedale, su un posto di lavoro, alle frontiere attraversate dai richiedenti asilo. Ciò che è costituzionale si misura al pianoterra della società.
Inapplicabile al mio caso le attenuanti generiche,se quello che ho detto è reato, l’ho ripetuto e continuerò a ripeterlo.
Sono incriminato per avere usato il verbo sabotare. Lo considero nobile e democratico. Nobile perché pronunciato e praticato da valorose figure come Gandhi e Mandela, con enormi risultati politici. Democratico perché appartiene fin dall’origine al movimento operaio e alle sue lotte. Per esempio uno sciopero sabota  la produzione. Difendo l’uso legittimo del verbo sabotare nel suo significato più efficace e ampio. Sono disposto a subire condanna penale per il suo impiego, ma non a farmi censurare o ridurre la lingua italiana. 
”A questo servivano le cesoie” : a cosa? A sabotare un’opera colossale quanto nociva con delle cesoie? Non risultano altri insidiosi articoli di ferramenta agli atti della mia conversazione telefonica. Allora si incrimina il sostegno verbale a un’azione simbolica?  Non voglio sconfinare nel campo di competenza dei miei difensori.
Concludo confermando la mia convinzione che la linea di sedicente alta velocità in Val di Susa va ostacolata, impedita, intralciata, dunque sabotata per la legittima difesa della salute, del suolo, dell’aria, dell’acqua di una comunità minacciata.
La mia parola contraria sussiste e aspetto di sapere se costituisce reato.

Erri de Luca »

Il a donc été relaxé. Il est rassurant pour tout citoyen de pouvoir avoir confiance en la justice de son pays. Même lorsqu’on est un écrivain qui n’a peur de rien.

Maêlle

P.S : je rappelle que François Morel sur France Inter avait fait une chronique « Je suis Erri de Luca », excellentissime, que je vous invite vraiment à écouter.

La parole contraire – Erri de Luca

   Ce court ouvrage est un précis de vocabulaire. Une leçon de littérature. C’est le poing levé d’un homme qui inspire le respect. Auteur italien réputé, Erri de Luca a été poursuivi en justice dans son pays pour avoir apporté son soutien, à travers des propos publiés par le Huffington Post Italie et l’Ansa (équivalent de l’AFP), aux actes de sabotage perpétrés contre la ligne TAV (=TGV= Turin-Lyon). Cette ligne n’est pas encore construite. C’est un projet en cours depuis de nombreuses années qui rencontre une très forte opposition de la part de citoyens vivant dans la vallée susceptible d’être affectée par cette future ligne ferroviaire. N’allez pas croire qu’il s’agit pour eux d’une simple lubie. Ces hommes, femmes et enfants se battent tant pour leurs terres, la vallée, le patrimoine que l’impact écologique énorme qu’aurait ce chantier. Mis en examen, Erri de Luca fera front avec ses avocats. A travers ce texte, l’auteur ne rédige pas un pamphlet mais simplement donne son opinion sur un dossier qu’il trouve particulièrement grotesque. Sans jamais se dissimuler, il assume pleinement ses propos. Il les explique, les décortique, tourne en ridicule l’action menée par les procureurs et la société à son encontre. A travers ses mots, ses phrases, ses expressions il mène son combat. Celui de faire l’usage qu’il entend du verbe « saboter ». La liberté d’expression tant vantée et défendue est mise à mal au sein même de l’Europe grâce à des dispositions législatives détournées de leur objectif initial. Monsieur François Hollande a officiellement refusé de prendre position en faveur de l’auteur qui bénéficie d’un très large soutien populaire dont il est très fier. Là encore il est dommage de ne pas en entendre davantage parler en France alors même que la société ferroviaire en charge de ce chantier et qui souhaitait voir l’auteur poursuivi est… Franco-italienne avec son siège à Chambéry et sa présidence assurée par un haut fonctionnaire français.

Erri

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Mauvais genre de Chloé CRUCHAUDET

   Fauve d’Angoulême 2014, prix du public Cultura, j’avais entendu le plus grand bien de cette bande-dessinée au scénario et aux dessins atypiques. L’histoire, basée sur La garçonne et l’assassin de Fabrice VIRGILI et Danièle VOLDMAN raconte l’étrange vie d’un couple, Louise et Paul durant la première guerre mondiale. Des traits fins, peu de couleurs viennent nous décrire un quotidien qui va dégénérer. Cette lecture est aussi intéressante que bouleversante. J’ai été happée dans ce récit unique et empreint de passion. Une façon originale d’évoquer un pan de la Grande guerre dont les célébrations ont été importantes l’année passée.

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Histoire d’Irène – Erri de Luca

   C’est un prénom de femme qui apparaît dans le titre du dernier ouvrage de l’écrivain Erri de Luca, pour autant c’est bien de lui qu’il parle. L’homme sans femme ni enfants, évoque son pays, la mer, Naples, sa vie, son enfance, la mort, le tout d’une plume aussi légère que la vague qui vient doucement recouvrir le sable. Se plonger dans un livre d’Erri de Luca revient pour moi à m’envelopper d’un doux manteau de poésie propice à réchauffer jusqu’à l’âme. Qu’il écrive une nouvelle ou un roman, jamais il se départit de cette poésie omniprésente dans toutes ses phrases. Il érige la métaphore en style d’écriture, évoque pour nous des images. Grâce à sa façon d’écrire, il va au-delà des descriptions. Erri de Luca use des mots pour saturer vos sens de ce qu’il veut vous faire rencontrer. Histoire d’Irène n’y échappe pas. Cet ouvrage est en réalité un recueil de trois histoires très inégales : Histoire d’Irène qui donne son nom au livre est de loin la plus dense avec ses 71 pages, elle est suivie de Le ciel dans une étable (18 pages) et l’ouvrage se termine par Une chose très stupide (12 pages). Chacune à leur façon recèle un charme certain dont je vais tâcher de vous parler sans le rompre…

Irène

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Greffier – Joann SFAR

   Parce que c’est mon métier. Parce que c’est Joann Sfar. Voilà pourquoi je me suis tournée vers ce livre, irrésistiblement attirée. Pour peu que l’on s’intéresse au monde de la bande-dessinée le nom de celui-ci surgit rapidement. Citons notamment Le Chat du rabbin qui a été adapté en film d’animation par ses propres soins. Prolifique, atypique, Joann Sfar est de ceux qui touchent à tout, ne s’arrêtent jamais. Accueilli par Charlie Hebdo, il va s’essayer au dessin de presse mais n’y demeurera pas.

   Pour le procès contre le journal qui l’a accueilli, il va s’essayer au dessin judiciaire sans pour autant être un dessinateur judiciaire (une profession à part entière). C’est ce qu’il dévoile dans Greffier, une illustration du procès des caricatures de Mahomet dont nous avons tant entendu parler. A la fois auteur-dessinateur pour adultes et enfants, Joann Sfar use d’un dessin simple pour illustrer ses propos, ou ceux tenus par d’autres comme dans le cas présent. Détenteur d’une maitrise de philosophie, la qualité des remarques de Joann Sfar est le point fort de ce recueil dont je vais vous parler.

La couverture - La chat, éternel synonyme du greffier...
La couverture – La chat, éternel synonyme du greffier…

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L’étranger – Albert Camus

   Albert Camus. Un nom qui sonne à vos oreilles comme celui d’une vieille connaissance. On voit bien qui c’est mais on ne sait plus trop ce qu’il a fait et surtout pourquoi on le connaît. Rangé dans les auteurs « classiques » avec Zola, Hugo et compagnie, Camus a subi comme les précédents ma rébellion du « j’veux pas lire des auteurs morts, y’a des récents très bien » opérée au lycée. J’ai tout de même lu quelques classiques, scolarité oblige, j’en ai même aimé – plusieurs – mais Albert Camus n’en a pas fait parti. Qu’importe, il n’y a pas d’âge pour apprécier un auteur, qu’il soit ancien ou contemporain.

   C’est grâce à la bande-dessinée de Jacques Ferrandez que je suis arrivée jusqu’à l’œuvre originale de L’étranger d’Albert Camus. J’ai eu un coup de cœur pour les dessins, ils ont justifié à eux-seuls mon achat. Pour l’histoire je ne savais pas à quoi m’attendre mais je trouvais que c’était une bonne idée de découvrir un auteur aussi connu qu’Albert Camus, sous forme de bande-dessinée. Cette dernière a suscité une curiosité assouvie par la lecture du roman initial. Et c’est ce qui me permet de pouvoir vous dire que cette bande-dessinée se révèle être une excellente adaptation du roman. Je vais vous dire pourquoi… Tout en parlant du livre en tant que tel !!

l'étranger

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Crimes de papier – retour sur l’affaire Papon – Johanna Sebrien & Jean-Baptiste B

   Événement incontournable de la planète BD (dont Ludo parlera surement beaucoup mieux que moi dans un prochain article sur Les singes de l’espace…) le festival international de la BD s’est déroulé comme à son habitude à Angoulême, du 31 janvier au 3 février. Malgré un week-end chargé je ne pouvais pas passer à côté de cet événement situé si près de chez moi. Alors j’y suis allée.

   Bon le mauvais jour (entendez donc le samedi) mais « à cœur vaillant rien d’impossible » ! Et la preuve, étant arrivés assez tôt, nous avons pu aller dans la bulle des grands éditeurs (Casterman, Glénat, Soleil, Dargaud et Cie) sans faire 1h30 de file d’attente… J’ai osé détourner les yeux de Hugault qui était en dédicace au vu de l’attente (comment ai-je pu faire ça ? Je l’ignore moi même et je ne m’en remets toujours pas !) pour découvrir avec surprise que Don Rosa (« La jeunesse de Picsou » qui a été rééditée il y a peu pour les ignorants) venait lui aussi (pour dédicace OU signatures selon affluence… Je vous laisse deviner ce que la majorité a du récolter !) J’ai donc eu l’espoir (insensé je le conçois) de voir Hiromu Arakawa débarquer à Angoulême (auteur des FMA pour ceux qui sont perdus) surtout en sachant que le créateur d’Albator, Leiji Matsumoto, était là !! Mais bon cessons là mes jérémiades et voyons l’essentiel…

   J’ai eu le coup de cœur ! Pour deux choses. D’abord l’exposition au sein du palais de justice d’Angoulême « Au nom de la loi ». J’ai trouvé ça extrêmement bien et intelligent qu’un palais ouvre ses portes lors d’un festival d’une si grande renommée surtout pour accueillir une exposition qui est là pour expliquer beaucoup de choses à travers les illustrations du 9ème art. Très bien montée et intéressante, elle restera un de mes moments privilégiés du festival. Mon second coup de cœur a une couverture, du papier à l’intérieur, raconte une histoire drôlement bien dessinée… Comment ça j’ai craqué ? Pas du tout ! J’ai juste pas pu m’empêcher de fondre et d’acquérir « Crimes de papier ». Un roman graphique selon l’éditeur (qui est Acte Sud – l’an 2) qui se révèle un vrai petit bijou. Surtout quand il s’orne d’une dédicace du dessinateur devant lequel je suis restée baba (et sans doute totalement idiote) la langue plombée impatiente de voir le dessin ! Bon j’ai quand même réussi à me fendre d’un merci après un « super » et d’un « bonne continuation-bon courage ». Quel exploit… Promis la prochaine fois je ferai mieux.

J'adore !
J’adore !

   Donc pour le festival, si vous voulez connaître les heureux gagnants c’est par , pour ma critique ne bougez pas elle débarque !

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