L’assassin royal – Tome 7 – Le Prophète blanc

   Une irrépressible envie de fantasy que je ne parvins pas à assouvir auprès de Guilhem Méric (avec Myrhiande dont la chronique d’AcrÖ avait suscité chez moi l’envie de le lire) dont j’abandonne le livre en cours de lecture faute de parvenir à rentrer dans l’histoire. Je décide de me tourner vers une valeur sûre. Je gardais un puissant souvenir de ma lecture des six premiers tomes de L’assassin royal, correspondant au premier cycle (en France tout du moins). Je me souvenais de l’intense plaisir que j’avais pris à les lire. Aussi je décidais, sur un coup de tête, de me procurer le tome 7 intitulé Le prophète blanc. Avec le recul, il me semble que je redoutais un peu de retrouver Fitz, d’être déçue par cette suite. Mais ce ne fut pas le cas, Robin Hobb est égale à elle-même et tient sur la distance avec une aisance incroyable.

AR

FitzChevalerie n’existe plus. Aujourd’hui il s’appelle Tom Blaireau et vit tranquillement avec Oeil-de-nuit dans une chaumine bien tranquille en lisière de forêt. Après avoir donné de sa personne, de sa vie pour sauver le Royaume des Six-Duchés, ce repos est amplement mérité. Mais pourra-t-il durer ? La vie politique du pays se poursuit malgré sa retraite et il n’est pas dit qu’on puisse se passer de ses services aussi longtemps qu’il le souhaiterait.

   Me plonger dans les pages de ce nouveau tome m’a procuré de nombreuses sensations qui ont toutes concouru à générer chez moi un vrai plaisir de lecture. D’abord, j’ai eu l’impression de retrouver un vieil ami, que je n’avais pas vu depuis longtemps. Dans un sens, ma longue pause entre la lecture du premier cycle et celle-ci m’a permise de me fondre totalement dans l’histoire de ce personnage principal qui accuse 15 ans de plus depuis la dernière fois que je l’ai côtoyé. Nos retrouvailles furent chaleureuse. Je me suis glissée dans le livre comme on se glisse dans une paire de chaussures faite à nos pieds ou sous une agréable couverture. Les souvenirs ont afflué par dizaine tandis que l’auteur prend le temps de reprendre toutes les grandes étapes de ses aventures.

   À travers des rencontres, des souvenirs, des moments qui font écho à son passé, Fitz se remémore ce qui pourrait nous faire défaut. Six tomes résumés en un qui dévoile petit à petit la trame de ce qui va suivre. Je suis impressionnée par la facilité avec laquelle Robin Hobb nous distille toutes les informations essentielles que nous serions susceptibles d’oublier, comme si elle savait ce qui nous manquerait. Elle nous fait reprendre le cours de la vie de Fitz comme si nous avions nous aussi quinze années de plus et vécu ces derniers temps dans le même Royaume. J’ai constaté avec un certain plaisir que je me souvenais finalement d’énormément de choses. C’est dire si plus de quatre ans après, cette lecture a marqué mon esprit.

   Robin Hobb déroule son histoire avec lenteur et douceur, comme si elle cherchait à préserver à la fois le lecteur et son personnage de toute brusquerie inutile. Le personnage de Fitz est sublimé par la maturité qu’elle lui donne. Bien que malchanceux dans le premier cycle, je ne garde pas l’idée d’un adolescent insupportable, bien au contraire. Mais il demeurait un adolescent et il fallait tout le talent de Hobb pour en faire un personnage aussi grandiose. On le retrouve adulte et il n’en est que plus attrayant. Mûri, réfléchi, il possède une nouvelle profondeur, une nouvelle force. Ses blessures récoltées dans le passé ont cicatrisé, ses souffrances semblent enfouies à défaut d’être toutes soignées. Il n’est pas un homme nouveau mais bien le Fitz tant connu, transcendé par ses expériences.

   Robin Hobb n’a rien perdu dans la qualité de son récit. Son écriture est d’une incroyable fluidité. On ne lit pas, on se laisse emporter par le flot des mots. Elle a le souci du détail sans jamais être rébarbative, la précision de l’émotion sans tomber dans le pathos. C’est un véritable exercice de style. Je pense que l’on peut à ce titre féliciter Arnaud Mousnier-Lompré, le traducteur, qui fait là un travail d’orfèvre en retranscrivant dans notre langue une telle histoire sans lui faire perdre une once de sa qualité originelle.

   Les noms des autres personnages nous sont familiers : Burrich, Molly, Ortie, Vérité, Kettricken, Umbre et j’en passe. Tour à tour, les pièces du puzzle se remettent en place. Ce premier tome est une véritable amorce à une nouvelle histoire. Mais sur près des deux tiers du livre il ne se passe rien d’important. Et c’est là d’ailleurs un des tours de force de l’auteur : réussir à être littéralement passionnante, à nous emporter, dans le quotidien simple d’un homme isolé. Robin Hobb a la capacité incroyable de vous faire vous intéresser à tout. Elle m’a captivé alors même que la majorité du livre se déroule dans une chaumine perdue où ne passe presque jamais personne. Nous vivons auprès de Fitz, retrouvons ses pensées, ses états d’âme, nous renouons le lien perdu et l’auteur prend son temps pour le faire. Pour autant, l’histoire ne souffre d’aucune longueur, ne s’essouffle jamais, elle sait quand il est temps de changer le rythme, de passer à autre chose.

   Nous apprenons finalement peu de choses sur ce qui va se passer dans cette série. Robin Hobb suit un schéma bien précis : elle nous remet à l’esprit les choses essentielles à savoir, elle nous décrit le climat, l’ambiance, l’environnement dans lequel évolue notre protagoniste et enfin elle amorce une nouvelle intrigue. Cet enchaînement permet au lecteur de suivre une progressivité qui ne fait que vous happer un peu plus dans l’histoire, vers l’histoire, vers le cœur de ce qui va se dérouler… Et être développer dans les tomes suivants.

   Vous l’aurez compris : loin de la déception que je craignais, j’ai été enivrée par ma lecture. Je deviens à nouveau la « fan » prise dans le tourbillon de l’addiction. J’ai dévoré ce premier tome et ai commandé le suivant, ne pouvant me résoudre à ne pas lire toute la série à la suite. Malgré la densité de la première série, je réalise que d’avoir enchaîné la lecture de tous les tomes, m’a sûrement permis d’avoir un déroulement de l’histoire compact et intense qui me laisse le souvenir d’un long film grisant plutôt qu’une série entrecoupée. La suite s’annonce de la même envergure. Déjà je suis dans l’histoire, je n’ai pas envie de quitter Fitz et l’imagination de Robin Hobb.

   Je suis, très honnêtement, admirative de cette auteure et de la qualité incroyable de son écriture. On comprend les millions de tome vendus à travers le monde quand on se retrouve soi-même entraîné dans ce monde magique. À vous qui n’avez pas encore lu, hâtez-vous, c’est une lecture incontournable !

Bonne lecture !

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7 réflexions sur “L’assassin royal – Tome 7 – Le Prophète blanc

  1. Lintje 4 juin 2015 / 22 h 58 min

    Bientôt bientôt je reprendrais à mon tour cette lecture 😉

    • Maêlle 7 juin 2015 / 23 h 23 min

      Je n’en doute pas que tu succomberas à l’appel de Fitz 😀 Et après nous nous retrouverons pour lire ensemble les aventuriers de la mer !!!!!! 😉

  2. Acr0 7 juin 2015 / 20 h 44 min

    Oh zut pour Myrihandes :/ Je suis en plein cycle des aventuriers de la mer… j’ai donc lu les six premiers tomes de l’assassin royal et ai hâte de retrouver Fitz 🙂 Ah une superbe plume cette chère madame Hobb !

    • Maêlle 7 juin 2015 / 23 h 22 min

      Je crois que je n’étais pas en phase pour Myrihandes parce que l’idée me plaisait bien… C’est sur le style d’écriture que j’ai un peu buté mais je tenterai peut-être de reprendre ma lecture plus tard. J’ai hésité à poursuivre avec les aventuriers de la mer mais l’idée de retrouver Fitz, le fou… a pris le dessus !! Mais je compte bien poursuivre avec cette série peut-être en lecture commune avec Lintje 😉 Bonne lecture de cette superbe plume !!!

      • Acr0 7 juin 2015 / 23 h 43 min

        Héhé, je fais une lecture commune aussi sur les livres de Robin Hobb. A vrai dire, j’ai fait un crochet en direction des ADLM car la seconde partie de l’AR révélait un gros élément de cette seconde série.

      • Maêlle 8 juin 2015 / 18 h 03 min

        C’est le souci des séries imbriquées les unes avec les autres, c’est qu’après on apprend des choses par-ci, par-là… Mais je pense que le plaisir de lecture reste le même !! 🙂 Bonne lecture à toi !

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