14-14 de Paul BEORN et Silène EDGAR

   Comme L’héritage des rois-passeurs, 14-14 a atterri dans ma e-bibliothèque suite à l’opération e-books à petit prix. Quoiqu’il fut estampillé jeunesse, l’idée du livre était trop attirante pour que je le laisse passer. Et puis quelques livres jeunesses, ça égaye une bibliothèque, ça fait du bien au moral et ça permet de conseiller aussi les plus jeunes.

   J’ai été marquée par des livres jeunesses, je pense notamment à Ben est amoureux d’Anna de Peter Härtling (un jour je vous en parlerai…), sans aucun doute l’ouvrage que j’ai le plus lu, re-lu, re-re-lu. 14-14 m’a fait un peu le même effet : c’est un livre qui s’adresse à de jeunes adolescents, plein de maturité mais qui maîtrise aussi parfaitement les codes propres à cette tranche d’âge. C’est une très belle découverte dont je vais vous parler qui a été récompensée par trois prix : le prix Gulli 2014, le prix des Incorruptibles 2016, le prix Tatoulu 2016.

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Adrien a 13 ans et subit son premier chagrin amoureux. Hadrien aussi a 13 ans, une amoureuse et il ne jure que par les études qu’il souhaite réussir brillamment. Dans son viseur : le certificat d’excellence. Alors qu’Adrien, un peu abattu, en manque de reconnaissance, n’a plus envie de fournir le moindre effort scolaire. Malgré deux visions de la vie radicalement différentes, les deux jeunes garçons vont commencer une correspondance écrite. Sans savoir qu’en réalité, il y a un siècle qui les sépare.

   C’est dans le postulat d’origine, vous savez que les deux personnages principaux vivent dans deux époques distinctes. Adrien vit en 2014, tandis que l’autre Hadrien vit en 1914. D’où le titre du livre vous l’aurez compris. Ce qui est absolument formidable, c’est que quand bien même vous le savez, cela n’empêche pas d’être littéralement happé par l’histoire. Car la question qui vous brûle l’esprit quand vous commencez à lire c’est de savoir comment ils vont rentrer en contact. Une fois que les auteurs permettent à nos deux protagonistes d’échanger, – un peu de magie vient s’immiscer dans l’histoire -, voilà qu’ils commencent à s’écrire sans savoir qu’autant d’années les séparent.

   Et là, c’est toute la force de la première moitié du roman. Vous suivez assidûment et avidement leur échange épistolaire en vous demandant quand ils vont réaliser qu’il y a un problème. Vous alternez les points de vue et vous voyez progressivement l’incompréhension s’installer. « Baskets », « Sweat », « SMS »… Autant de mots de vocabulaire usités par Adrien au quotidien et totalement inconnus pour Hadrien. Mais à l’époque de ce dernier on voyageait beaucoup moins, alors rien que la ville la plus proche à 50 kilomètres était une expédition. Aussi, on se doutait que les us et coutumes variaient autant que le langage. Néanmoins, plus les échanges s’intensifient, plus l’incongruité de leurs écrits suscite chez l’un comme chez l’autre des interrogations. Et la réponse finira par leur être dévoilée : ils vivent à un siècle d’écart.

   Passé la surprise de la découverte, qui est bien amenée, développée, ça ne se fait pas en quelques lignes mais bien en quelques pages, les auteurs rebondissent. Ils insufflent à l’histoire une nouvelle force avec une idée qui a commencé à mûrir dans votre esprit : Adrien de 2014 sait parfaitement le déroulement tragique de l’année 1914. Or Hadrien est devenu un ami véritable. A travers leurs échanges ils se sont entraidés et ont pu puiser dans leur amitié une vraie force pour surmonter bien des obstacles. Alors même si ils ne se verront jamais, même si tout ne tient qu’à une boîte aux lettres et du papier, Adrien ne peut envisager de laisser les choses telle quelle. Oui, mais comment fait-on pour convaincre une personne à un siècle d’écart que l’horreur de la guerre va s’abattre sur le pays ?

   C’est alors que débute cette seconde partie, riche en émotions et forte de passages intenses. On assiste à l’évolution d’Adrien et il se découvre une nouvelle passion pour l’histoire. Jusqu’au dénouement que je ne dévoilerai évidemment pas mais qui est très émouvant.

   Clairement l’histoire est géniale, l’idée m’a emporté autant que la plume des auteurs, chacun étant l’un des personnages. Une foule de thèmes sont abordés : un père absent après une séparation, la difficulté d’arriver dans un nouvel établissement, le harcèlement à l’école… Tout cela à travers le quotidien scolaire de nos deux amis. Porteur de principes qui peuvent paraître désuets aux yeux de certains, le livre est un hymne à l’amitié et à tout ce qu’elle peut apporter. A 13 ans, un ami, ça peut compter et aider. Et puis, évidemment, la découverte du quotidien d’un adolescent de 13 ans en 1914 est une véritable plus-value pour les jeunes (et moins jeunes) lecteurs. Confronté directement au quotidien d’un adolescent d’aujourd’hui, le contraste est saisissant, que ça soit sur le rythme de travail, l’accès aux études, la vie à la campagne. Quant à la guerre elle-même, c’est Adrien qui vous éclairera sur ce qui a pu se passer dans la région où il vit. Une façon incroyable de rendre la première guerre mondiale, qui commence à être lointaine dans les esprits et dont les témoins directs sont de plus en plus rares, plus aisée à comprendre.

   Ce livre a été utilisé comme support pédagogique (d’ailleurs un dossier pédagogique est disponible pour les enseignants). Son intérêt instructif est indéniable. Les enfants dévorent un roman dans lequel on trouve une multitude d’informations qui ne peuvent que concourir à améliorer leur connaissance de cette période de l’histoire. On joint l’utile à l’agréable, une lecture parfaite pour l’été ! Je l’ai déjà recommandée et le retour a été plus que positif (ce qui m’a ravi). Même si le côté addictif de cette histoire nous amène à appréhender la fin… Que l’on finit tout de même par lire, dévoré par la curiosité.

   En somme, vous avez là un excellent livre jeunesse qui mérite les éloges formulés. A noter que j’ai découvert auprès de mon libraire qu’une version avait été élaborée pour les enfants dyslexiques. J’ai trouvé cette initiative tout à l’honneur de la maison d’édition. Une façon d’ouvrir la lecture à des personnes pour qui celle-ci n’est pas aisée. Sans compter que Castelmore propose toute une collection adaptée, une belle ouverture d’esprit ! A noter que Silène Edgar a écrit un autre roman – Adèle et les noces de la Reine Margot – qui joue aussi avec le temps et qui semble être une nouvelle occasion de découvrir une autre période de l’histoire. Je pense que cette maison d’édition recèle pas mal de pépites pour toutes les tranches d’âges et notamment les 10-13 ans pour lesquels il n’est toujours évident de trouver une lecture appropriée.

   En somme, lisez-le, faites le lire, conseillez-le, vous apprendrez tout en lisant une belle histoire.

Bonne lecture,

Maêlle

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