La syndrome de la vitre étoilée de Sophie Adriansen

   Je m’attendais à être ébranlée, bouleversée par Le syndrome de la vitre étoilée de Sophie Adriansen qui se veut être un livre qui parle des problèmes de fertilité que peuvent connaître certains couples. 1 sur 5 selon les sacro-saintes statistiques. Je m’attendais à davantage de sentiments à fleur de peau, d’émotions, de rires, de larmes. Bref, le sujet me touchant beaucoup, j’ai commencé ma lecture avec autant d’envie que d’appréhension, prête à lire des choses douloureuses dissimulées derrières un voile d’humour. Je suis finalement sortie de ma lecture déçue et avec le sentiment d’avoir lu tout autre chose que ce à quoi je m’attendais. Mais j’attendais peut-être « trop » de ce livre.

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Stéphanie et Guillaume sont en couple depuis 10 ans et arrivent à la « conclusion » logique d’avoir un enfant ensemble. Mais voilà, ça ne marche pas. Maeva, Alix et les autres arborent un ventre rond et se font les échos des joies de la maternité, tandis que le ventre de Stéphanie demeure vide de toute nouvelle vie.

   Les causes d’infertilité sont diverses et sont globalement mieux connues et mieux soignées quand elles concernent les femmes plutôt que les hommes. Mais pour autant, ce n’est pas toujours le ventre de la femme qui ne veut pas de cette nouvelle vie, mais l’impossibilité de l’homme de fournir ce qu’il faut pour une fécondation.

   L’auteure a choisi d’écrire son roman comme un journal intime, avec des entrées possédant toutes un titre succinct et redondant : Maintenant, Souvenir, Livres, etc. Les chapitres sont très courts, de quelques lignes à trois pages maximum. Cela donne une lecture dynamique, très agréable. La plume est légère, parfois incisive, un peu mordante. Un trait d’humour de temps à autres vient égayer le début d’un roman qui s’annonce un peu morose.

   Et voilà que l’on s’égare dans les méandres de la remise en question d’une trentenaire qui se retrouve face un choix lourd de conséquences : être mère ou non, avec cet homme ou un autre. On effleure tout juste les questions plus importantes, pour se concentrer sur cette évidence : il est difficile de se faire un enfant à soi-même contre sa volonté. Quand l’auteure a choisi de partir dans cette perspective, l’intérêt du livre s’est envolé. La procédure de procréation médicalement assistée, bien que beaucoup plus répandue qu’il y a encore quelques décennies, n’en demeure pas moins une démarche longue et complexe. Qui implique, à mon sens, de se poser les bonnes questions avant et non pas après l’avoir entamé. Même avant cela, peut-être aurait-il fallu qu’elle s’interroge sur son désir d’enfant à l’heure des premiers essais et non une fois acquise la certitude de ne pas parvenir à en avoir.

   Certes, je veux bien reconnaître que l’on se laisse parfois embarqué. Aujourd’hui, une femme qui a 30 ans, qui est en couple depuis 10 ans, doit nécessairement avoir envie d’un enfant. Il est parfois difficile pour l’entourage d’accepter, de comprendre, qu’on peut vouloir adopter un autre rythme de vie. Qu’il n’y a rien de « logique » dans une relation humaine quel qu’elle soit, ni dans le désir d’enfant. Certes il y a une horloge biologique mais pour autant, elle est propre à chacune. Cet aspect « pression » que ressent la jeune femme est un des points forts du livre. Sa mère qui lui envoie des articles sur le désir d’enfant, ce qu’il faut manger pour augmenter ses chances de tomber enceinte, ce que le papa devrait faire… Mais c’est omettre l’idée que votre enfant a le droit de faire un choix qui n’est pas le votre. Le droit ne pas avoir d’enfant, d’en avoir plus tard que la « moyenne », le droit de préférer adopter que concevoir, etc. En filigrane, l’auteure dévoile le regard que la société porte aujourd’hui sur la grossesse. C’est dommage que l’auteure ne soit pas parfois plus incisive mais elle a le mérite de pointer du doigt cette difficulté que rencontre bien des femmes « en âge de… ». Mais ce qui est bien plus dommage c’est que tout cela est balayé à environ la moitié du livre.

   Elle pouvait parler de liberté de la femme sans parler de remettre le couple en question. Liberté d’essayer, de changer d’avis sur la PMA, de se battre ou de renoncer. Tout était possible mais avant tout, à mon sens, ce sujet méritait d’être traité comme celui d’un couple. Elle n’est pas seule, on peut connaître ses états d’âme tout en s’intéressant à ce qu’il y a autour. Mais ça n’est pas le choix effectué, et nous nous devons donc de suivre la remise en question de Stéphanie dont le désir d’enfant est finalement à mille lieux de ses préoccupations. Préparez-vous à un cours sur le yoga et la libération du corps, sur le sexe et l’amour, sur le désir de ressentir en permanence « jusqu’à la fin de ses jours » les petits papillons dans le ventre… Il n’y aurait eu les quelques allusions aux séquelles que laissent les tentatives de PMA, j’aurai cru lire le journal intime d’une adolescente.

   Pourquoi ne pas avoir approfondi le ressenti de la jeune femme face aux comportements inadéquats et infantilisant des professionnels de santé ? Pourquoi ne pas avoir développé toutes ses idées qui entrent en collision – liberté, engagement, désir d’enfant, infertilité – de façon un peu plus pertinente ? Parce que ce livre n’est pas l’histoire d’un couple qui a du mal à avoir un enfant. Mais l’histoire d’une femme qui ne parvient pas à tomber enceinte de son compagnon et qui remet tout en cause une fois que tout est mort entre eux, sans s’en être préoccupé avant, sans avoir troqué les non-dits contre la communication. C’est avant tout l’histoire d’un couple qui se meurt et à qui il faut une épreuve aussi difficile pour réaliser que finalement, ils ne sont peut-être pas fait l’un pour l’autre. Ça n’était pas ce que je pensais découvrir et l’auteure ne m’a absolument pas convaincu par son récit. C’est donc une rencontre ratée entre cette auteure et moi. Je retenterai peut-être plus tard, à travers un autre ouvrage.

MAINTENANT

Nous avons donné nos consentements, signé et engagé le processus. La sainte Assurance maladie a donné sa bénédiction. Nous avons droit à six inséminations, les statistiques ayant établi à hauteur de 15 % les chances de réussite de chaque tentative – arrondi en faveur de Notre-Dame de la Sécurité sociale.

Pour optimiser ces inséminations, il s’agira de doper mes hormones par l’injection d’une dose supplémentaire, quotidienne.

Histoire de mettre toutes les chances de notre côté.

A ceux qui veulent essayer, je souhaite tout de même une bonne lecture et je vous invite à lire l’avis d’une blogueuse plus satisfaite de sa lecture que moi ! Mes attentes étaient fortes et expliquent sûrement en partie, cette impression de loupé et la déception qui va avec. Allez-y avec l’idée de lire plutôt une remise en question d’une personne que le combat d’un couple contre l’infertilité… 

Maêlle

Article publié dans le cadre du challenge de la rentrée littéraire organisé par Délivrer des livres et Léa Touch Book

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3 réflexions sur “La syndrome de la vitre étoilée de Sophie Adriansen

  1. les Livres de George 2 décembre 2016 / 17 h 36 min

    Bonsoir, merci pour le lien vers mon article. J’ai en effet beaucoup aimé ce roman qui va au-delà d’un récit sur l’infertilité ou la difficulté d’avoir un enfant. Le roman de Sophie Adriansen propose des réflexions sur l’épanouissement d’une femme, sur le couple qui surgissent précisément au moment où, contrairement à ses attentes, un grain de sable vient se coincer dans la mécanique : une grossesse qui tarde trop. Votre conclusion à la fin de l’article résume très bien le roman, je trouve.

    • Maêlle 3 décembre 2016 / 13 h 55 min

      Bonjour, avec plaisir pour le lien, c’est l’avantage d’un challenge, la possibilité d’offrir plusieurs points de vue différents sur un même ouvrage. Je pense que je m’attendais tellement à autre chose que j’ai éprouvé une déception qui est un peu injuste à l’égard de l’auteure… Donc votre chronique complète bien en montrant l’intérêt que revêt le livre. Merci pour votre commentaire et votre venue 🙂

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